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Biographie
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Theodor Brün (1885-1981)

Né à Hamm (Westphalie), aîné d'une famille de 9 enfants issue d'un père commerçant estimé.

La famille déménage l'année de sa naissance pour habiter à Essen, où Theodor fera ses études primaires ; il y est noté « insuffisant » en dessin!

En 1900, les affaires de son père obligent à nouveau la famille à déménager, cette fois à Dillenburg au lycée de laquelle, Théodor se voit maintenant gratifié d'un « Très bien » en dessin!

Ses premiers dessins datent de cette époque, à Essen et Dillenburg où il passe le baccalauréat en 1904.

À München (Munich) il étudie le droit en 1905 et 1906 tout en entamant des études de peinture.

En 1906, il renonce définitivement à ses études de droit et suit les cours de gravure de

Peter Halm, graveur le plus réputé de l'époque. L'hiver 1907, il envisage d'aller à Karlsruhe, mais la maladie, puis la mort de son professeur bouleversent ses projets; avec un ami, il décide d'aller à Paris, où il s'inscrit à l'Académie Julien.

A court d'argent, il rentre en Allemagne, à Lüdenscheid où habitent ses parents, et à Fürstenfeldbruck et München (Munich). C'est dans cette dernière ville qu'il fait la connaissance d'Albert Reich et travaille avec lui et quelques amis l'été, dans une ferme à Kallmünz. L'hiver, jusqu'en 1912, il continue à étudier la gravure dans la classe de Peter Halm.

Entre temps, ses parents se sont installés à Hagen, dans une grande maison où il trouve de bonnes conditions de travail ; on lui connaît peu de dessins qui peuvent être datés de cette période où, pourtant, il expose à la galerie Erdmann-Jennitzer, dans la Kampstrasse à Hagen, avec ses amis Christian Rohlfs et Walter Bötticher.

Survient alors la première guerre mondiale qu'il fera du commencement à la fin en premières lignes ; de cette période, il rapportera de nombreux reportages faits de portraits de ses camarades, de paysage, dessins ou gravures. Il est décoré de la Croix de Fer et termine la guerre comme lieutenant.

En 1919, son père achète avec ses enfants, une petite maison à Emst, dans la banlieue d'Hagen ; Theodor Brün y travaille, trouvant dans les alentours des motifs pour son inspiration ; de cette période et jusqu'en 1928, datent la plupart des dessins aquarelles et peintures à l'huile représentant des paysages d'Hagen, Emst, Delstern et de la vallée de la Volme . Il se plaint peu des difficultés économiques que vit alors Allemagne, sauf dans une lettre très véhémente à son frère jumeau. Son ami Willy Lammert achète une ferme près de Bad-Reichenhall au bord du lac de Thum. Theodor est invité de lui voir et de travailler avec lui. Après un été merveilleux à travailler la terre, l'affaire s'achève en désastre financier. Theodor retourne alors à Hagen où il fait partie du «Hagenring» groupe d'artistes locaux.

En 1924, il accepte une invitation de Karl Vogt et de sa femme Hedwig à Wolfsberg-sur-Chiemsee, puis à Berlin où il travaille dans leur atelier. A Berlin, il est contacté avec la maison d'édition «Furche-Verlag» qui publie ses illustrations des nouvelles de Tolstoï, sous le titre «Wo Liebe ist, da ist auch Gott» (Là où se trouve l'amour se trouve aussi Dieu). Par ailleurs il fait partie du mouvement «Sezession» et l'on

retrouve là son inclination à rejoindre des groupes d'artistes.

Il a la chance de pouvoir exposer plusieurs fois à l'Académie de Berlin, avec l'accord de Liebermann, puis à la galerie Hapke & Schmidt, où son exposition a un grand retentissement mais comme, à l'ordinaire, génère peu de ventes. Il séjourne à Berlin autant que ses moyens le lui permettent et retourne de temps en temps à Hagen; il y séjournera plus longuement en 1926/1927, après y avoir fait connaissance avec sa future femme.

C'est à cette époque qu'il découvre Renoir et soupire: «si je pouvais peindre comme ça». On notera qu'il est surprenant que Theodor Brün n'ait découvert Renoir qu'à cette époque alors que le grand peintre était célèbre depuis longtemps en dehors de l'Allemagne.

En janvier et février 1928, il séjourne à Paris; on est impressionné par la quantité de dessins qu'il y réalise en peu de temps on y retrouve la technique de ses années de guerre et des dessins comme «Wartesaal» (Salle d'attente), datant de la même époque, attestent de sa maîtrise. La plupart de ces dessins ont été coloriés plus tard car il se déplaçait le plus souvent avec seulement un carnet à dessin, un crayon, parfois, une plume et une petite bouteille d'encre de chine.

En 1928, il a l'honneur d'être choisi comme membre du mouvement « Junges Westfalen » (Jeune Westphalie) ; le chef de ce mouvement, le Dr. Ossenberg, deviens plus qu'un ami pour lui, il l'aide à surmonter ses difficultés financières, jusqu'à sa mort en 1937, année de la condamnation de l' «art dégénéré» qu'il n'aurait sûrement pas compris mais combattu. Sa croix tombale a été faite par Theodor Brün.

Un incident jette l'éclairage sur la personnalité de Theodor Brün. A la fin d'une exposition du «Groupement des artistes et des protecteurs des arts», il avait été témoin d'un marchandage de certains membres de la «Junges Westfalen» contraire aux intérêts collectif, et il avait démissionné de l'association. Or quelques années plus tard il demande à participer à une exposition mais le jury d'honneur constitué par ceux-là même qu'il avait voulu dénoncer, lui interdit. L'affaire est alors mise sur la place publique et finalement ses adversative sont confondus et lui est demandé humblement

d'accepter de revenir dans le groupement Il se marie en 1928 à Erfurt où sa femme est institutrice; par manque de moyens ils doivent longtemps patienter avant de trouver un logement.

Dans la maison familiale d'Emst, il manquait une boule à la rampe d'escalier; ce sera pour Theodor Brün l'occasion de sa première sculpture; elle se trouve encore probablement aujourd'hui dans le voisinage. Des années qui suivent datent de nombreuses sculptures; malheureusement la plupart ont été brûlées pendant la guerre, à Berlin, Darmstadt, München, Bremen, Elberfeld, Hannover ou Hagen.

Pendant cette période des années 1930, la situation économique est très mauvaise; il en vient même à essayer de vendre ses oeuvres au porte à porte.

Il visite parfois des amis à Berlin; à l'occasion d'un de ces séjours, il réalise un monument funéraire très remarqué, pour le mari d'une amie, mort dans un accident de voiture. Ce bronze fondu à Berlin en 1932/1933 a été volé ou détruit en 1946.

Un de ses amis d'école, Wilhelm Loew, pasteur à Traben-Trarbach, lui demande de faire un monument aux morts, placé dans l'église en 1931. Les circonstances politiques poussent Wilhelm Loew à s'exiler avec sa famille près de Graz en Autriche; il ne reviendra en Allemagne qu'après la guerre. Entre Theodor

Brün et lui, il y avait toujours des controverses sur le caractère chrétien de ses dessins, gravures et sculptures. C'est chez Wilhelm Loew que Theodor Brün fait la connaissance du docteur Stoevesandt, futur citoyen d'honneur de Brême; il restera intime avec lui et sa famille jusqu'à sa mort.

Sa notoriété artistique progresse; il est de plus en plus exposé et se sont souvent ses œuvres qui assurent le succès des expositions; en 1935, il expose dans cinq villes: Düsseldorf, Hagen, Hamm, Münster et Hannover (Hanovre) dans la société Kestner (Kestner-Gesellschaft) avec Christian Rohlfs. Celle-ci sera la dernière exposition de la société Kestner jusqu'à 1945.

Pourtant les revenus qu'il tire de ventes occasionnelles ne sont pas suffisants pour nourrir une famille de cinq personnes (Trois fils lui sont nés en 1930, 1932 et 1934) et sa femme a été contrainte de reprendre son emploi d'institutrice. Jusqu'en 1936, il aura quelques commandes publiques pour des tableaux dans des casernes, qui lui apporteront un complément de revenus régulier.

C'est à cette période que la normalisation se met en place; les groupements d'artistes sont dissous, les expositions soumises à autorisation. A l'exposition «Westfront 1936», sa sculpture «Les trois rois mages» est enlevée ainsi que toutes les œuvres de son ami Rohlfs, et plusieurs gravures non conformes à des

«directives de Munich» généralement occultes, sont refusées. En 1937, en premier lieu toutes ses œuvres sont refusées à l'exposition de Munich. Mais soudain sa sculpture «Der Schauspieler» (L'acteur) qui était dans le foyer du théâtre d'Hagen apparaît dans l'exposition de l'art dégénéré «Unter den Arkaden»

(Sous les arcades) avant de disparaître sans laisser de traces. Ses sculptures «Noli me tangere» et «Zwei gegen einen» (Deux contre un) du musée Karl-Ernst-Osthaus à Hagen connaîtront le même sort et sa grande sculpture «Lobgesang» (Hymne) sera déménagée de Hamm à Berlin pour y être détruite.

On s'étonnera que des gravures de paysages aient pu être considérées comme dégénérées; pourtant Baldur von Schirach, en choisira lui-même pour une exposition devant avoir lieu à München (Munich) et prévue pour être ensuite transportée à Vienne (Wien) et Florence (Florenz), au titre de la propagande.

Theodor Brün a très peu de commandes et il est en conflit avec le directeur du musée d'Hagen, membre du parti. Heureusement le directeur du musée d'Hamm, où les contrôles paraissent moins

stricts, lui permet parfois d'y exposer ses œuvres. Il se rapproche des ses amis Bänfer et Kätelhön avec qui il partage sont goût pour la perfection dans la gravure; la profonde amitié qui les lient dépasse la simple fraternité d'anciens combattants mais ils n'ont pas la possibilité de lui être d'un grand secours.

Peu de temps avant la guerre, il va à Cologne, où il est hébergé par des parents de sa femme, pour essayer d'y vendre ses dessins de la ville et du Rhin. Il bénéficie d'un succès d'estime mais ne vend pas.

Désespéré par son classement comme dégénéré et l'interdiction d'exposer, il s'engage dans l'armée pour subvenir aux besoins de sa famille.

Compte tenu de ses états de services lors de la première guerre mondiale, il est envoyé en stage à Allenstein pour devenir commandant de compagnie. Mais il est finalement classé «peu sur» dans la terminologie du III° Reich, pour s'être félicité de ce que Paris n'avait pas été détruite, et il est exclu de l'armée.

Il se retrouve avec sa famille dans une situation matérielle désespérée mais il est provisoirement sauvé par une commande d'illustrations pour une collection sur la littérature mondiale émanant de la Caritas-Lichtbild-Gesellschaft à Fribourg-en-Breisgau, qui avait remarqué ses illustrations de Tolstoï, Ses proches subissent les rigueurs du régime: Un frère perd son emploi pour avoir dit «Bonjour» au lieu de «Heil Hitler», son jumeau est emprisonné pour avoir tenu des propos défaitistes et sa sœur est brièvement enfermée dans un camp de concentration dont elle sort au bénéfice d'une amnistie.

Pendant les années de guerre, la famille survit avec le traitement d'institutrice, quelques travaux d'illustrations et les produits du jardin.

En 1943, c'est l'évacuation de la famille à Stolp en Poméranie. Dans un premier temps Theodor reste pour entretenir le jardin; il rejoint, à l'automne, sa famille logée dans deux petites mansardes. De cette période datent «La plage de l'Ostsee» et plusieurs portraits.

Prévoyant la fin des évènements, il préfère rentrer à Hagen en juillet 1944. Le dernier jour de la guerre, deux obus de 22 cm frappent le pignon, juste au dessus de son atelier, ainsi que la toiture; deux autres se perdent dans le jardin, à quatre mètres de la maison, sans faire d'autres dégâts. Lorsque Theodor avait loué la maison en 1936, il avait regretté de ne pas y avoir un véritable atelier et pendant la guerre, il disait par boutade: «si au moins les bombes pouvaient m'apporter mon atelier».

Le plus difficile était d'avoir une belle ouverture sur le pignon nord et l'obus l'avait faite sans dommage pour les tableaux et sculptures qui étaient entreposés et qui furent protégés par le plafond.

«La guerre peut parfois avoir du bon», mais les réparations faites à la hâte étaient de mauvaise qualité, le vent la pluie et la neige entraient sous le toit et dès 1970, il fallut tout refaire.

Theodor Brün a écrit vers 1960/1970 «après la guerre, la situation des artistes s'est améliorée peu à peu, mais le fil avait été rompu et l'on rapiéçait les créations modernes de 1933 dont l'épanouissement avait été coupé. Par une imitation de l'évolution des artistes étrangers nous essayons de faire croire que nous sommes aussi modernes qu'eux; à quoi bon ?»

La vision de l'art qu'avait Theodor Brün apparaît dans une controverse avec Emil Schumacher qui venait souvent le voir après la guerre : «Dessinez n'importe quoi: des arbres, des arbrisseaux, des fleurs, des hommes, des bêtes, mais dans la nature, pas seulement dans l'atelier» Longtemps après sa mort, Erwin Hegemann a développé la pensée qu'il exprimait dans ses cours : «Dessinez ! Tout dessiner, qu'importe que ce soit avec le stylo, la brosse, le pinceau ou le ciseau. !»

Dès qu'il fut possible de trouver du matériel, à partir de 1948, Theodor Brün, dans ses aquarelles des séries «Types» ou «Hommes et situation» reprend son œuvre là où il l'avait laissée.

Ce travail de mémoire, conduit à des résultats qui surprennent l'artiste lui-même, comme un réveil de la Belle-au-bois-dormant. Son jardin lui offre des sujets, par la richesse des fleurs, du printemps à l'automne.

Par ailleurs, il a installé son établi de menuisier sous les toits et y travaille ses

sculptures tant que la température le permet.

En 1946, on lui donne une poutre en chêne d'une dimension lui permettant de refaire la sculpture «Lobgesang» (Hymne) qui avait été détruite en 1937.

Un jour un visiteur le voyant y travailler lui demande combien elle coûtera ; il répond «si on me donne un salaire de manœuvre je serai content, il y a 10 mois que j'y travaille 10 heures par jour» ; « c'est trop cher, » réponds le visiteur !

Lors d'une exposition en 1952, son «Handlanger» (Homme de peine) disparaît et en plus il apprend que la plupart de ses gravures et dessins ont disparus lors du déménagement du musée à la fin de la guerre.

A cette période il a un petit nombre de commandes qui lui permettent de vivre.

La dernière grande exposition, organisée pour ses 90 ans, à lieu, à Hamm, sa ville de naissance et non dans sa ville d'Hagen qui se contente de lui promettre d'organiser une exposition plus tard. Par rapport aux années 30, les pratiques ont beaucoup changé et les banques et galeries ont remplacé les musées pour les expositions ; par ailleurs, les goûts du public ont évolué et l'argent se dépense différemment ; peut être là où le diable fait ses affaires….

Theodor Brün réussit cependant à vivre grâce à la vente de la maison de ses parents, les dommages de guerre et la retraite de sa femme, Sa dernière grande sculpture en bois de chêne est «Wir» (Nous) ; la fatigue de l'âge lui impose ensuite des oeuvres plus petites.

Pendant la guerre il chapardait du bois de chauffage pour sculpter ; maintenant grâce à quelques amis, il dispose de bois exotiques; c'est ainsi que quelques unes de ses dernières œuvres sont faites dans un bois inconnu.

Theodor Brün meurt le 4 août 1981, quelques semaines avant son 96° anniversaire le 18 septembre.

De son vivant, ses œuvres ont été présentées dans près de 100 expositions en Allemagne, Autriche et Italie, soit seul, soit avec des amis; parmi lesquels on peut citer Achenbach, Gert Arntz, Paul Fechter, Lis Goebel, Große Perdekamp, Lotte Schrenk, Kaetelhoen, Otto Coester, Kuhmichl, Will Lammert, Lewy, Karel Niestrath, Grete Penner, Albert Reich, Christian Rohlfs, Schmurr, Eberhard Viegener, Karl Vogt….

On trouve beaucoup de ses œuvres dans des musées et des collections privées.

Dans les catalogues internationaux d'artistes on ne trouve que ses œuvres antérieures à 1939.

La sculpture portée sous son nom, dans le catalogue de l'exposition d'art dégénéré, organisée à Munich et Los Angeles dans les années 1990 n'est pas de lui; sa sculpture «l'Acteur» (Der Schauspieler) a disparue dès 1937.